Bien sûr il y a cette aide spontanée apportée aux voyageurs blancs s'aventurant dans les bus dakarois. Bien sûr il y a cette attachante familiarité dans les rapports humains où le "tu" prend le pas sur le "vous". Bien sûr il y a ce fantasme de séduire une blanche. Bien sûr, il y a ce nouveau né qui vous regarde avec de grands yeux car pour la première fois de sa vie, il voit une peau claire et cette mère qui vous sourit parce qu'avec votre grand chapeau (de cowboy!) vous faites de l'air dans le bus surchauffé à son nouveau né.
Bien sûr, bien sûr. Mais ce même gamin dans quelques années en voyant passer un Blanc lui criera "toubab toubab!". Alors oui ce n'est pas bien méchant. Mais imaginez une seconde le scandale si les enfants de par chez nous gueulaient "kebla, kebla" de leurs voix stridentes dès qu'un Noir a le malheur de passer devant leurs yeux...
Et cet accueil qui vous isole vous le trouvez principalement dans les lieux où les toubabs sont monnaie courante. Le Blanc n'appartient pas au même genre humain aux yeux de certains. Et la propension à vous regarder comme un être différent augmente avec le temps.
Mais le pis réside dans la ségrégation économique. Le Blanc est riche, il doit payer plus. Le Blanc a colonisé, il doit payer plus. Comme il y avait des compartiments noirs et des compartiments blancs, le Sénégal a accepté la mise en place d'un double système économique. Tout le monde n'accepte pas cet état de fait. Des Sénégalais protestent contre ce traitement déshonorant. Mais le système résiste car il a finalement l'appui tacite des autorités.
Eh oui, ces dernières ne se privent pas pour l'appliquer aux entreprises. Une entreprise tenue par un blanc est bien plus susceptible de subir un contrôle fiscal, une hausse d'impôt arbitraire, une attaque en justice que toutes les (peu nombreuses mais nous y reviendrons) entreprises sénégalaises réunies. Ainsi quand une entreprise française essayait de se dépétrer de ses multiples gènes légales, une firme sénégalaise concurrente "oubliait" de payer la TVA pendant une vingtaine d'année pour finir par faire faillite toute seule...
Le Blanc est poussé à se cantonner dans le rôle d'expat profitant des doux plaisirs du confort occidental importé. Il n'y va pas spontanément. Il est repoussé, fatigué de se voir partout mis dans un autre monde sans n'avoir rien demandé. Certains affirment que ce comportement est nouveau et dû aux lois Sarko. Foutaise. Pour être si visible, il existe depuis des années mais désormais il devient norme.
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