Ne jamais oublier

« Si vous ne vous battez pas pour vos droits quand vous pouvez vaincre sans verser le sang, si vous ne vous battez pas quand la victoire est certaine et peu coûteuse, le moment viendra où vous devrez vous battre contre tout espoir, avec des chances de survie très minces. Et il y a pire : peut-être devrez-vous vous battre sans la moindre chance de vaincre, parce qu’il vaut mieux périr que de vivre en esclaves. »

Winston Churchill

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Concours

Dimanche 30 avril 2006

Ainsi la hausse (possiblement continue selon le mécanisme balancier évoqué plus haut) des sentiments nationalistes peut être vue comme intimement liée aux relations frontalières entre deux Etats comme l’a montré ce modèle simple (de telles conclusions auraient pu être retrouvées dans un cas plus complexe). Il semble donc probable que l’apparition d’une frontière nationale soit la conséquence de la recherche permanente par les Etats de sécuriser leur frontière physique et par là même leur existence. On peut penser que cette frontière psychique a pris au départ la forme d’une sanctification du territoire avant de devenir, par l’augmentation constante des sentiments nationaux, une idéalisation des spécificités nationales. Les exemples historiques développés ci-après permettent d’illustrer cette thèse.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le développement de la frontière nationale : deux exemples

 

 

 

 

 

            Deux pays entretiennent un lien très fort avec leur frontière : la France et les Etats-Unis. Pour autant, ce terme n’y prend absolument pas le même sens. En France, les frontières sont assimilées à un hexagone (une figure parfaite mais fermée et délimitée), aux Etats-Unis, on leur associe l’image des grands espaces (ensemble ouvert et infini) Ces cas extrêmes permettront de déterminer le processus de fabrication (psychologique) de la frontière nationale puisque les éléments affadis ailleurs seront là bien visibles. Ces deux Etats marquent certainement deux extrémités. La plupart des situations nationales, des appropriations psychiques de la frontière peuvent se ranger entre la France d’un côté et les Etats-Unis à l’opposé. Mettre en lumière comment le rapport à la frontière géographique a influencé, orienté la frontière nationale dans ces deux Nations nous donnera une base de compréhension utilisable dans toutes les circonstances.

 

 

           

 

 

            Toute la théorie avancée dans ce mémoire serait remise en question si l’identification de la France à un hexagone avait traversé les âges. Or Smith (1969) montre que tel n’est pas le cas. L’idée de la France comme hexagone n’est pas neuve mais elle ne s’est définitivement imposée qu’après la Seconde Guerre Mondiale. Au XVIIème siècle, la France était vue comme un cercle ou comme un carré (quoique uniquement par les Anglais dans ce dernier cas). On comparait les conquêtes françaises à un noble qui étend ses champs (première étape du modèle). Puis au XVIIIème siècle, la forme de la France a été rapprochée de celle d’un polygone mais sans précision sur le nombre de côtés. Cette métaphore s’est d’ailleurs définitivement imposée avec la Révolution Française , peut-être pour rompre avec l’imagerie de l’Ancien Régime. Toutefois il est important de préciser que les Français ne recherchaient guère la géométrie dans la géographie et que la plupart des allégories étaient publiées dans des recueils étrangers. Un événement va bouleverser les habitudes topographiques françaises. Après la défaite de 1870-1871 et la perte de l’Alsace Loraine, l’idée de l’hexagone, née à l’étranger, est admise par la IIIème République. Par le biais de cette figure, le pouvoir a pu représenter visuellement et psychologiquement l’amputation provoquée par l’annexion allemande de ces régions car, sans l’Alsace, une des 6 pointes de l’hexagone détruit tout l’équilibre de la figure : ni les angles, ni les côtés ne sont plus égaux, la symétrie a disparu. Il suffirait pourtant de récupérer cette province pour restaurer l’harmonie intrinsèque du polygone. La France acquiert un droit naturel car géométrique à la possession de ces territoires. La frontière physique est donc sanctifiée. Elle dépasse le cadre de la topographie, elle devient une partie importante du psychisme national. La géographie se mue en nationalisme. On retrouve bien un des résultats du modèle puisqu'une perte frontalière encourager l’Etat à user des sentiments nationaux. On assiste à l’apparition d’une frontière nationale tout d’abord entièrement reliée à la frontière physique.

 

 

            Après la guerre de 14-18 et la récupération de l’Alsace Loraine, l’hexagone disparaît petit à petit des discours. On ne lui trouve plus d’intérêt. Dans l’esprit de notre modèle, on peut penser que la victoire a rendu la France confiante et que l’Etat ne voit pas l’intérêt de continuer à jouer sur les sentiments nationaux. La Seconde Guerre Mondiale et principalement l’après-guerre vont remettre cette représentation au centre de l’actualité. Pour faire oublier le traumatisme de l’occupation, l’éclipse de la France pendant plusieurs années, le pouvoir fait de l’hexagone une destinée, dénoncée par P. Gascotte dans L’illusion de l’hexagone. Dans notre optique, il est intéressant de voir renaître ce symbole au moment du recouvrement des frontières. Plus, Smith place la renaissance de cette figure au sein de l’espace politique en 1949, date de la création de la R.F .A.. La symbolisation des frontières se déroule à une époque où le pouvoir ne veut plus craindre pour sa survie. On peut donc affirmer, en suivant notre logique, que l’Etat utilise les sentiments nationaux pour consolider sa frontière. Il rend la frontière mythique. Elle n’est plus simplement physique, elle est figurative. Et cette frontière intangible se détache dans les années suivantes de son lien avec la frontière matérielle. Dans les années 50, comme l’écrit Smith, « les élèves apprennent que la France est régulière, facile à dessiner, logique, désirable à habiter, unique ». Le symbolisme de la frontière devient petit à petit celui des caractéristiques françaises. L’esprit de la frontière devient l’esprit de la Nation. « Le mystique de l’hexagone représente un sentiment d’appartenance que la République avait toujours cherché à instiller à ses citoyens ». La frontière nationale ne sert plus à protéger les frontières comme à son apparition, elle devient une glorification de la spécificité française.

 

 

 

 

 

            Les Etats-Unis présentent une relation totalement différente avec la frontière. Ce pays s’est construit par la conquête d’un grand espace. Frederick Jackson Turner, en 1893, soit peu de temps après l’achèvement de la conquête de l’Ouest[1], bouleverse l’étude de l’Histoire américaine en affirmant que les particularismes de la société américaine sont dues à la présence de terre libre, à la possibilité d’extension à l’Ouest. Chaque avancée de la frontière, chaque fois que l’avant-garde du progrès se déplaçait plus à l’Ouest, la démocratie et les institutions américaines se renforçaient car toute nouvelle communauté devait apprendre à régler les problèmes inhérents à la vie sociale. Isolés mais inspirés par les institutions plus à l’Est,  ces petits groupes façonnèrent une façon de faire particulière, une démocratie à part. La théorie de Turner fut critiquée sur de nombreux points[2] mais elle reste ancrée dans l’imaginaire américain (le western en est la meilleure illustration). Or nous ne nous intéressons pas tant à la véracité des faits qu’à leur interprétation. Pour les Américains, l’idée de cette conquête, de cette extension continuelle de leur frontière détermine leur spécificité. House (1928) souligne que la base de la liberté américaine a été la conquête non pas d’autres peuples mais de la Nature. Les Etats-Unis bénéficiant d’un grand espace facile à acquérir (supériorité technique sur les Indiens) n’ont jamais eu à gérer des relations frontalières régulières avec leurs voisins. Même si des conflits ont pu voir le jour, guerre américano-mexicaine par exemple, ils ont été ponctuels. Ce pays a indirectement bénéficié de l’étendue offerte au Mexique et au Canada qui n’avaient donc pas besoin d’affronter les Etats-Unis pour s’agrandir. Le gigantisme de ces trois pays (par rapport aux Nations européennes) rend le modèle proposé plus haut non utilisable. Par contre, l’inutilité d’utiliser les sentiments nationaux pour consolider la frontière devrait s’être réfléchie sur la frontière nationale. Telle est effectivement le cas puisque la base de la frontière psychologique va correspondre à la thèse de Turner. Tocqueville estimait que la réussite de la démocratie en Amérique reposait en grande partie sur leur isolement, la frontière nationale va prendre une forme particulière pour la même raison. Le franchissement continu d’obstacles physiques est devenu un mythe. La thèse de la frontière de Turner est devenue et restée si populaire car elle faisait échos « à l’imagination » (Hofstadter),  « à des émotions et convictions partagées intimement par les Américains en général » (Pierson).

 

 

            Ainsi la frontière nationale a pris la forme du dépassement des barrières érigées par la Nature. Bogart (1932) se demandait si après les frontières physiques, les Américains orienteraient leurs efforts vers les frontières culturelles, manufacturières,… Cette réflexion marque le basculement d’une frontière nationale rattachée à la frontière physique vers une frontière nationale estampille de l’esprit américain. Le célèbre discours du président Kennedy appelant à franchir la Nouvelle Frontière illustre bien l’importance dans le psychisme américain de l’idée de toujours dépasser les difficultés posées par la Nature et la place du politique dans l’entretien de cette mythologie. Le premier développement d’une frontière nationale comme dépassement des frontières fut le passage d’une action gouvernementale tournée vers l’intérieur à une diplomatie active. Cette modification des fondements de la politique américaine fut menée par Theodore Roosevelt, historien reconnu en son temps et homme nostalgique de la grande période d’extension des Etats-Unis. Si Turner a interprété l’histoire, le pouvoir a transmis le mythe au peuple, il en a fait une caractéristique essentielle de l’esprit américain. L’impulsion vient de la science, la propagation, du politique. Toutefois il serait tentant de croire que le développement vers l’Est des Etats-Unis a été de tout temps approuvé par tous et que Turner a simplement explicité les raisons de ce jugement positif. Cependant Turner a toujours demandé que son œuvre soit jugée en fonction des recherches précédant ses travaux. S’il n’a pas totalement créé sa thèse, il a néanmoins apporté un regard nouveau sur cette période de l’Histoire. En effet, les événements analysés par Turner ont pendant longtemps été perçus comme une menace pour la société. Robert Lewis ( ???) montre comment Frederick Law Olmsted (1822-1903), l’instigateur de Central Park, et ses correspondants réguliers (Godkin et Norton) condamnaient l’extension américaine. On peut résumer leur sentiment par cette sentence de Godkin : la source des maux de la Nation était « la tendance à la désintégration causée par la distance, le nombre, les différences de climat, de sol et de situation originelle », autrement dit les problèmes provenaient de la frontière. La domination des idées de Turner sur celles de Olmsted a été la conséquence du déroulement de l’Histoire mais cette prépondérance a aussi été favorisée par le pouvoir, puis instrumentalisée quand ce dernier a compris toute l’utilité qu’il pouvait retirer de la création d’une mythologie expansionniste.

 

 

           

 

 

            Ainsi la France , en raison de l’évolution de ses rapports frontaliers, a développé une frontière nationale glorifiant la perfection française. Cette dernière porte en elle l’unicité du pays mais également une délimitation puisqu’il est impossible de dépasser le parfait. Le caractère fini de la frontière favorise l’apparition d’une marque séparant clairement les nationaux des étrangers. Ce sceau peut être mal vécu par les extérieurs (outsiders) mais il s’avère vital pour les insiders  car le rejeter reviendrait à ouvrir la frontière nationale et, par conséquent, à accepter la perfectibilité de la nation française (voir Jennie-Keith Ross (1975) pour plus de précision sur les frontières sociales). Il ne suffit pas de vivre en France, il faut également être perçu par les autres comme français, recevoir le label[3]. Ce processus passe par une assimilation des coutumes et de la culture locales qui heurte parfois les individus et les conduit à ne se sentir nulle part chez eux. Néanmoins une question se pose : pourquoi la France a-t-elle développé de telles spécificités et non ses voisins affectés par les mêmes relations frontalières ? On peut apporter une réponse schématique mais satisfaisante à cette interrogation. Les Etats adjacents n’ont pas, contrairement à la France , eu la possession totale de leur espace national (cas de l’Espagne) ou ont connu tardivement leur forme définitive (Allemagne, Italie) ou encore n’ont jamais atteint une taille critique (Belgique, Pays-Bas). On constate que le pays certainement le plus proche dans son approche nationale, à savoir l’Allemagne, a été le premier à posséder un avantage militaire et a développé rapidement des sentiments nationaux dans un but offensif (on suit ici la logique du modèle présenté précédemment). Ces points mériteraient une étude plus sérieuse que les arguments présentés ici mais cette ébauche est suffisante dans notre optique.

 

 

            Aux Etats-Unis, la frontière est vue comme un obstacle qu’il convient d’abattre, qu’il est nécessaire de franchir.  Elle indique qu’il n’y a pas de limite aux capacités humaines et, en particulier, américaines. Elle pointe la direction : vers l’avant. Elle donne un élan continuel à la société. Cela ne signifie pas que les frontières sont ouvertes pour tous mais plutôt que l’on accordera son respect et sa confiance à tous ceux qui sauront trouver la brèche. Aujourd’hui, on voit apparaître un nouveau rapport avec la frontière physique à travers la volonté de sécuriser par un mur de barbelés la frontière mexicaine (fin de l’ouverture) et d’expulser tous les clandestins présents sur le sol américain (on ne récompense plus les « pionniers »). Ce changement de vue présage-t-il une modification de la frontière nationale où la frontière serait vue comme un danger et les passeurs[4] comme des éléments nocifs ? Ou bien, comme dans le cas étudié plus haut, ce jugement disparaîtra-t-il pour renforcer la positivité, les apports de la frontière ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Conclusion

 

 

 

 

 

            Le modèle présenté dans ce mémoire a le mérite de fournir des résultats robustes à une étude, à une interprétation des faits historiques. Par contre, il est évident qu’il repose sur certaines hypothèses qui en limitent la portée. Tout d’abord, on prend comme variable la ferveur nationale qui est, par définition, difficilement mesurable. On pourrait l’approcher par un dénombrement des références à la Nation dans les grands média et les discours politiques. Le travail demandé serait alors colossal. De plus, il faudrait démarquer le langage nationaliste en rapport avec la frontière (normalement très présent au début du siècle) de celui plus général, plus large pour avoir une mesure utilisable. Il semble que les sentiments nationaux soient destinés à rester très abstraits et la réutilisation du modèle dans un cadre moderne (conflits en Afrique, par exemple) s’avère donc complètement illusoire. De plus, le modèle ne prend en compte que deux variables pour analyser l’apparition d’un conflit. Il laisse de côté les questions ethniques, de ressource naturelle. Pis, il est fondé sur la rationalité des agents, des Etats, alors que la guerre présente souvent un caractère irrationnel (une relation perdant - perdant). Enfin on résume l’apparition d’un certain nationalisme à la protection ou à l'extension des frontières. Or sauf à penser que l’Etat est un « monstre froid » calculateur, il semble évident que d’autres facteurs ont conduit à l’existence et la croissance d’une frontière nationale et que le gouvernement ne contrôle pas totalement les sentiments nationaux de ses citoyens[5].

 

 

            Malgré ses limites, le modèle présenté permet de bien appréhender le problème de la frontière nationale. Il met en lumière le lien entre cette dernière et les frontières physiques, lien peu étudié dans la littérature politique, stratégique ou économique. En déterminant une relation entre les deux notions, on a révélé, en partie, le fonctionnement du processus d’identification nationale. Ce processus n’est pas neutre, il n’est pas totalement issu d’un mouvement historique mais a pu être motivé par calcul politique. En participant à l’accroissement des sentiments nationaux, les gouvernements ont principalement cherché à sécuriser leur territoire et, par la même occasion, leur contrôle sur la société. Ils ont accru leur légitimité en imbriquant leur existence dans celle de la Nation. Ce mémoire montre que la Nation n’existe pas seulement par l’Histoire, elle est aussi une création politique ayant servi les intérêts de tous les types de pouvoir.


Bibliographie

 

 

 

 

-          The Idea of the French Hexagone, Nathaniel B. Smith (French Historical Studies, Vol. 6, no. 2, automne 1969)

 

 

-          Social Border : Definitions of Diversity, Jennie-Keith Ross (Current Anthropology, Vol. 16, no. 1, mars 1975)

 

 

-          Frontiers and Civilization in the Thought of Frederick Law Olmsted, Robert Lewis (American Quaterly, Vol. 29, no. 4, automne 1977)

 

 

-          Pushing Back Frontiers, E. L. Bogart (The American Economic Review, Vol. 22, no. 1, mars 1932)

 

 

-          Frederick Jackson Turner Reconsidered, Allan G. Bogue (The History Teacher, Vol. 27, no. 2, fév 1994)

 

 

-          Political Geography as a Political Science Field, Harold H. Sprout (The American Political Science Review, Vol. 25, no. 2, mais 1931)

 

 

-          The Frontiers of Freedom, Robert B. House (Social Forces, Vol. 7, No. 2, Déc. 1928)

 

 

-          Comparative Studies in Frontier History, Marvin W. Mikesell (Annals of the Association of American Geographers, Vol. 50,  no. 3, mars 1960)

 

 

-         From Boderlands to Bordedrs : Empires, Nation-States, and the People in-Between in North America History, Jeremy Adelman, Stephen Aron (The American Historical Review, Vol. 104, no. 3, juin 1999)

 

 

-          History and the American Greatness, Max Lerner (American Quaterly, Vol. 1, no. 3, automne 1949)

 

 

-          Hidden Themes in the Frontier Thesis : an Application of Psychoanalysis to Historiography (Alan C. Beckman (Comparative Studies in Society and History, Vol. 8, No. 3, Avr. 1966)

 

 

-          Frontiers in American History and the Role of the Frontier Historian, Jack D. Forbes (Ethnohistory, Vol. 15, no. 2, printemps 1968)

 

 

-          Learning and Legitimacy, Richard M. Merelman (The American Political Science Review, Vol. 60, No. 3 Sep., 1966)

 

 

-          Substance and Study of Borders in International Relations Research, Harvey Starr, Benjamin A. Most (International Studies Quaterly, Vol. 20, no. 4, Déc. 1976)

 

 

-          Diffusion Reinforcement, Geopolitics and the Spread of War, Benjamin A. Most, Harvey Starr (The American Political Science Review, Vol. 74, no. 4, Déc. 1980)

 

 

-          Roots of the Modern Interstate Dispute, Robert Mandel (Journal of Conflicts Resolution, Vol. 24, no. 3, Sept 1980)

 

 

-          Crossing Borders and Transgressing Boundaries : Metaphors for Negotiating Multiple Identities, Katherine Pratt Ewing (Ethos, Vol. 26, No. 2, juin 1998)

 

 


Annexe

 

 

 

 

Calcul de la probabilité de jouer R pour le joueur B dans le modèle simplifié

 

 

 

La probabilité d'équilibre, dénommé p, pour B de respecter rend le joueur A indifférent entre jouer R ou NR (transgresser la frontière). Elle permet à B de ne pas donner des indications que A pourrait utiliser contre lui.

On a donc :

0*p + (1-p)*[(5M + 3n – 9)/30] = p*[(6M + 2n -9)/24] + (1-p)* [(6M + 2n -9)/24]

Soit, à droite, l'utilité pour A de jouer R sachant que B joue R avec une probabilité p et NR avec une probabilité 1-p et, à gauche, l'utilité pour A de jouer NR sachant que B jour R avec une probabilité p.

 

 

 

De cette égalité, on tire : p = 1 – [5*(30 + 2n -9)/4*(5M + 3n – 9)]

 

 

 

On calcule la dérivée de p par rapport à M (dp/dM) et par rapport à n (dp/dn). On trouve :

-         dp/dM = 5*(9 – 8n)/4*(5M + 3n -9)² : la dérivée est positive (p augmente quand M augmente) lorsque n est inférieur à 9/8

dp/dn = 5*(8M – 9)/4*(5M + 3n – 9)² : la dérivée est positive lorsque M est supérieur


[1] Estimée en 1890.

[2] Turner a schématisé une conquête de l’Ouest reposant sur l’idée que la civilisation rencontrait la sauvagerie. Il n’a nullement pris en compte la diversité des pionniers, les échecs de plusieurs communautés, les relations avec les Hispaniques, le rôle des femmes, etc. Néanmoins comme l’affirme Riegel : « Aucune personne censée ne peut réellement croire que la conquête de 3000 miles de terre sauvage n’a pas laissé des marques dans l’histoire et dans l’esprit américain ».

[3] Il est intéressant de constater que la nouvelle loi sur l’immigration demande désormais un test civique aux migrants, il faut valider son droit de passage, son droit de vivre en France.

[4] Pris dans le sens des individus qui franchissent la frontière et non dans celui plus commun de ceux qui organisent les  traversées.

[5] A ces critiques générales, on peut ajouter certains problèmes dans le modèle simplifié. i) L’utilité de respecter la frontière est plus grand pour un Etat deux fois plus nationaliste et possédant des capacités militaires bien supérieures à celle de son voisin alors qu’il devrait être poussée à l’attaquer à tout prix car la victoire est à portée de main. ii) Dans le cas où les deux Etats présentent des caractéristiques similaires, le signal envoyé par le joueur A s’il augmente les sentiments nationaux de son peuple sera interprété comme une menace par B alors que le but de A est de consolider sa  frontière, le modèle montre un problème de coordination (lié à un manque de confiance ?) entre les deux Etats. Une étude en jeux répété (plusieurs périodes) du modèle pourrait résoudre ce problème qui n’est pas capital dans notre optique.

Par FaTraPa - Publié dans : Mes chères études
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Dimanche 30 avril 2006

La semaine dernière, Jacques Chirac annonçait la création de l'Agence Industrielle pour l'Innovation (ou un nom dans le genre mais en tout cas l'idée y est). On s'est bien sûr réjoui dans notre belle contrée de cet élan donné à la recherche. Pourtant cette nouvelle branche de l'Etat est ridicule aussi bien d'un point de vue économique que d'un point de vue politique.

Economiquement de telles agences ne servent au mieux à rien, au pire à entraver les véritables progrès de la science appliquée. Pourquoi ? Le but de cette nouvelle institution est de sélectionner des projets pour leur offrir des aides publiques. Premier problème, les projets sélectionnés ne seront certainement pas les meilleurs. L'Etat n'a pas envie de voir son nom associé à une innovation banale (il doit aussi faire rêver les contribuables pour justifier ses dépenses dans ce domaine), il veut du clinquant (du tgv, du concorde, etc.), il y aura donc toujours une tendance à s'orienter vers les plus impressionants (et souvent à fonds perdus) mais pas les plus utiles. On pourra rétorquer que les banques pourront, elles, s'occuper des "petites" innovations. Seulement les banques préféreront largement s'allier à l'Etat dans le financement de projets car elles savent très bien qu'un échec ne saura pas tolérer et qu'elles récupéreront leur mise avec les intérêts et plus (pas de gain financier dans la plupart des cas car les projets financés par l'Etat sont souvent déficitaires mais un gain politique certain). Autrement dit, une partie des fonds destinés à des créations modestes seront détournés vers les folies de l'Etat. Cette agence est peut-être une bonne chose pour l'image de la France et certainement une mauvaise pour l'économie française.

Politiquement le mal est encore plus grand. Tocqueville, dans le tome 2 de De la démocratie en Amérique, avait prophétisé qu'avec l'égalité des conditions, il n'y aurait plus de groupe intermédiaire (comme l'aristocratie) pour faire face à l'Etat. Les citoyens seraient individuellement faibles et se tourneraient vers l'Etat qui leur semblera le seul à même de conduire de grandes entreprises. L'Etat profitera de cette situation pour contrôler toutes les associations (i.e. entreprises, comités, partis, etc.). Aujourd'hui, et depuis des années, la réalité a rattrapé les pensées de Tocqueville. Cette agence est le n-ième avatar des empiétements de l'Etat dans le domaine privé. Nous laissons à l'Etat le soin de nous conduire. Il est là à nous tenir toujours et partout la main. Si cette sensation est rassurante, elle est également perverse. Si notre main est enfermé dans la poigne étatique, nous sommes limités dans nos mouvements par la longueur de notre bras (l'éducation, l'intelligence, la richesse,...). Notre espace de vie ne dépend pas de nos limites mais de celle de l'Etat. Ce dernier nous cajole comme ses petits. Mais les enfants finissent par se lasser de donner la main car ils sentent bien qu'ils ont tout à gagner à agir de leur propre chef, à choisir leur chemin. Les individus ne sont pas faits pour être infantilisés, pourquoi échapper à ses parents pour se faire adopter par un grand frère ? Les hommes bénéficieraient d'avoir les mains libres. Ce despotisme soft est ancré dans nos mentalités. Il repose sur une manipulation des volontés (quel homme politique prendra le courage de dénoncer l'aide mal intentionnée de l'Etat sachant qu'il perdrait du pouvoir en apliquant son programme s'il parvenait à la tête du pays ?) et sur un postulat erroné. La plus grande des erreurs jamais comises par les citoyens est de croire que l'Etat est neutre. L'Etat sert toujours les intérêts d'un groupe ou d'une partie. L'Etat n'est pas fait d'anges mais est constitué d'hommes, l'affaire Clearstream le montre bien.

Par FaTraPa - Publié dans : Le monde que je n'aime pas
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Samedi 29 avril 2006

Récemment notre cher ministre de l'intérieur a affirmé que "ceux qui n'aimaient pas la France n'ont qu'à la quitter" et qu'ils étaient "fatiguants de devoir s'excuser d'être Français". Cette sortie enflammée démontre, s'il en était encore besoin, la véracité de mon jugement sur ce personnage, son caractère irrémédiablement français.

Mais je ne poste pas cet article pour me féliciter d'avoir eu, pour une fois, raison. Non je préfère m'offusquer contre le ridicule de cette déclaration. Voilà le niveau de débat proposé par les politiciens et malheureusement par beaucoup de Français. "Oubliez les discussions et cassez-vous!". Personnellement, je n'attends que cela et dès que l'opportunité se présentera, je prendrai mes cliques et mes claques et le premier avion. Par contre, beaucoup d'expatriés, j'en suis persuadé, n'ont aucune haine contre la France mais sont dégoutés par l'environnement français. Et les affirmations péremptoires et extrêmistes de notre Sarkozy n'améliore en rien leur image de ce pays.

Un jour viendra où ce pays sera obligé de se pencher sur ses fondements. Toute nation repose sur des mythes : la conquête de l'Ouest pour les Américains, l'âme russe, etc. Mais aucune en Occident n'a autant de mensonges dangereux dans son placard. Dangereux car ils nous rendent arrogants, dangereux car ils font rechercher la gloire nationale et non la joie de vivre.

Prenons le XVIIIème siècle. Les Français sont persuadés d'avoir apporté les Lumières au Monde à la fois philosophiquement et en pratique. Mais dans les deux cas, une lecture plus attentive de l'Histoire rend très sceptique. La philosophie française est bien moins éclairante que l'anglaise. Entre l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert et le Contrat Social de Locke, laissez-moi choisir le second. Les Français n'ont apporté qu'une part accessoire à la grande construction de la civilisation moderne occidentale (les auteurs français ne sont pas au coeur de l'humanisme et du développement de l'idée démocratique). Certains me rétorquerons : "Nous avons créé les droits de l'Homme". Outre que le nous serait abusif, je crains que la Révolution ne soit pas le moment de gloire que l'on nous enseigne. La Glorieuse Révolution anglaise de 1688, la déclaration d'indépendance américaine, la Constitution Américaine sont la véritable base des Droits de l'Homme. Le talent des révolutionnaires français seraient d'avoir su les compiler. Par contre, il est difficile de nier que nous avons montré la voie pour renverser un système inégalitaire (au niveau des conditions avec d'un côté l'Aristocratie et de l'autre la plèbe). Seulement le chemin que nous avons indiqué conduit au précipice. Notre Révolution a créé un tyran et un monstre. Le tyran a pris la forme de Napoléon, oppresseur de l'Europe par ses conquêtes sanguinaires. Le monstre fut le Comité de Salut Public. Là réside la "grande" invention française. En 1793, nous avons posé les jalons du despotisme total moderne : le totalitarisme. Notre exemple a inspiré le monde, de Lénine aux fascistes. La France peut-elle en être fier?

Pour terminer, je dirai qu'il est toujours difficile d'aimer une batisse construite sur un tas de fumier. Or notre modèle actuel ne doit rien à un sursaut démocratique et tout à Vichy et à un Général. La place des technocrates dans l'appareil étatique : Vichy, le rôle monarchique dévolu au président : De Gaulle.

La France a besoin d'abandonner la République qui répugne tant de gens, exilés à l'étranger ou en France, et de passer enfin dans le clan des démocraties. A cet effort sur elle-même, répondra la possibilité de s'ouvrir enfin aux opportunités du Monde et au respect des autres nations.

Par FaTraPa - Publié dans : Le monde que je n'aime pas
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Mercredi 26 avril 2006

La France a encore réussi à s'illustrer sur la scène internationale! Et cela grâce à un député UDF du Sud Ouest dénommé M. Lassalle.

Rappel des faits : pour empêcher la soit-disante délocalisation d'une usine du groupe japonais Toyal 70 km plus au Nord (oui vous avez bien lu), ce député a entamé une longue grêve de la fin. Il a fini par être hospitalisé et obtenir gain de cause : la petite usine nippone restera à sa place.

D'aucuns (comme M. Bayrou) célébreront cet acte de courage et de détermination contre le Capital International. Je les félicite de se voiler ainsi la face. La France a-t-elle si peu à proposer pour prendre ainsi en otage une entreprise ? Je suis de plus en plus poussé à le croire. Au lieu d'aider (à la toute fin), ce représentant national dans sa croisade, l'exécutif aurait mieux fait de le sermonner... Mais suite à la lâcheté du CPE, pouvait-on attendre autre chose?

Par FaTraPa - Publié dans : Le monde que je n'aime pas
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Vendredi 14 avril 2006

Ce blog sera refroidi pendant une quinzaine de jours ce qui laissera le temps aux curieux de se prélasser dans les articles existants.

Je profite de ce post pour préciser que toute personne désireuse de laisser un article sur le blog est la bienvenue (il est plus rapide pour moi de lire que d'écrire). Il suffit de m'envoyer un mail à newworldwar sur hotmail.fr.

Bonnes vacances

Par FaTraPa - Publié dans : la nouvelle guerre mondiale
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