Ne jamais oublier

« Si vous ne vous battez pas pour vos droits quand vous pouvez vaincre sans verser le sang, si vous ne vous battez pas quand la victoire est certaine et peu coûteuse, le moment viendra où vous devrez vous battre contre tout espoir, avec des chances de survie très minces. Et il y a pire : peut-être devrez-vous vous battre sans la moindre chance de vaincre, parce qu’il vaut mieux périr que de vivre en esclaves. »

Winston Churchill

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Concours

Mes chères études

Jeudi 16 mars 2006

Mémoire d'histoire économique sur la Glorieuse Révolution.

La Glorieuse Révolution s'est déroulée en Angleterre en 1688. En bref, elle a été la conséquence de la politique religieuse du monarque en place (James II) et a eu pour conséquence la déposition de ce dernier et son remplacement par William d'Orange (prince des Provinces Unies, Pays Bas aujourd'hui). J'ai essayé d'analyser les conséquences de cette révolution en analysant et complétant un article de North et Weingast, deux économistes américains.

Ce mémoire est à la disposition des personnes intéressées par le sujet. Néanmoins, prière de bien vouloir citer la source (le site ou pour plus de précision newworldwar'at'hotmail.fr, remplacer at par @) si vous le réutilisez. Merci d'avance.

Alors j'aurai voulu le mettre en ligne mais impossible de charger un document word ou pdf sur le site... Donc il faudra me le demander par mail ou m'expliquer comment faire.

 

Par FaTraPa
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Dimanche 30 avril 2006

Ainsi la hausse (possiblement continue selon le mécanisme balancier évoqué plus haut) des sentiments nationalistes peut être vue comme intimement liée aux relations frontalières entre deux Etats comme l’a montré ce modèle simple (de telles conclusions auraient pu être retrouvées dans un cas plus complexe). Il semble donc probable que l’apparition d’une frontière nationale soit la conséquence de la recherche permanente par les Etats de sécuriser leur frontière physique et par là même leur existence. On peut penser que cette frontière psychique a pris au départ la forme d’une sanctification du territoire avant de devenir, par l’augmentation constante des sentiments nationaux, une idéalisation des spécificités nationales. Les exemples historiques développés ci-après permettent d’illustrer cette thèse.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le développement de la frontière nationale : deux exemples

 

 

 

 

 

            Deux pays entretiennent un lien très fort avec leur frontière : la France et les Etats-Unis. Pour autant, ce terme n’y prend absolument pas le même sens. En France, les frontières sont assimilées à un hexagone (une figure parfaite mais fermée et délimitée), aux Etats-Unis, on leur associe l’image des grands espaces (ensemble ouvert et infini) Ces cas extrêmes permettront de déterminer le processus de fabrication (psychologique) de la frontière nationale puisque les éléments affadis ailleurs seront là bien visibles. Ces deux Etats marquent certainement deux extrémités. La plupart des situations nationales, des appropriations psychiques de la frontière peuvent se ranger entre la France d’un côté et les Etats-Unis à l’opposé. Mettre en lumière comment le rapport à la frontière géographique a influencé, orienté la frontière nationale dans ces deux Nations nous donnera une base de compréhension utilisable dans toutes les circonstances.

 

 

           

 

 

            Toute la théorie avancée dans ce mémoire serait remise en question si l’identification de la France à un hexagone avait traversé les âges. Or Smith (1969) montre que tel n’est pas le cas. L’idée de la France comme hexagone n’est pas neuve mais elle ne s’est définitivement imposée qu’après la Seconde Guerre Mondiale. Au XVIIème siècle, la France était vue comme un cercle ou comme un carré (quoique uniquement par les Anglais dans ce dernier cas). On comparait les conquêtes françaises à un noble qui étend ses champs (première étape du modèle). Puis au XVIIIème siècle, la forme de la France a été rapprochée de celle d’un polygone mais sans précision sur le nombre de côtés. Cette métaphore s’est d’ailleurs définitivement imposée avec la Révolution Française , peut-être pour rompre avec l’imagerie de l’Ancien Régime. Toutefois il est important de préciser que les Français ne recherchaient guère la géométrie dans la géographie et que la plupart des allégories étaient publiées dans des recueils étrangers. Un événement va bouleverser les habitudes topographiques françaises. Après la défaite de 1870-1871 et la perte de l’Alsace Loraine, l’idée de l’hexagone, née à l’étranger, est admise par la IIIème République. Par le biais de cette figure, le pouvoir a pu représenter visuellement et psychologiquement l’amputation provoquée par l’annexion allemande de ces régions car, sans l’Alsace, une des 6 pointes de l’hexagone détruit tout l’équilibre de la figure : ni les angles, ni les côtés ne sont plus égaux, la symétrie a disparu. Il suffirait pourtant de récupérer cette province pour restaurer l’harmonie intrinsèque du polygone. La France acquiert un droit naturel car géométrique à la possession de ces territoires. La frontière physique est donc sanctifiée. Elle dépasse le cadre de la topographie, elle devient une partie importante du psychisme national. La géographie se mue en nationalisme. On retrouve bien un des résultats du modèle puisqu'une perte frontalière encourager l’Etat à user des sentiments nationaux. On assiste à l’apparition d’une frontière nationale tout d’abord entièrement reliée à la frontière physique.

 

 

            Après la guerre de 14-18 et la récupération de l’Alsace Loraine, l’hexagone disparaît petit à petit des discours. On ne lui trouve plus d’intérêt. Dans l’esprit de notre modèle, on peut penser que la victoire a rendu la France confiante et que l’Etat ne voit pas l’intérêt de continuer à jouer sur les sentiments nationaux. La Seconde Guerre Mondiale et principalement l’après-guerre vont remettre cette représentation au centre de l’actualité. Pour faire oublier le traumatisme de l’occupation, l’éclipse de la France pendant plusieurs années, le pouvoir fait de l’hexagone une destinée, dénoncée par P. Gascotte dans L’illusion de l’hexagone. Dans notre optique, il est intéressant de voir renaître ce symbole au moment du recouvrement des frontières. Plus, Smith place la renaissance de cette figure au sein de l’espace politique en 1949, date de la création de la R.F .A.. La symbolisation des frontières se déroule à une époque où le pouvoir ne veut plus craindre pour sa survie. On peut donc affirmer, en suivant notre logique, que l’Etat utilise les sentiments nationaux pour consolider sa frontière. Il rend la frontière mythique. Elle n’est plus simplement physique, elle est figurative. Et cette frontière intangible se détache dans les années suivantes de son lien avec la frontière matérielle. Dans les années 50, comme l’écrit Smith, « les élèves apprennent que la France est régulière, facile à dessiner, logique, désirable à habiter, unique ». Le symbolisme de la frontière devient petit à petit celui des caractéristiques françaises. L’esprit de la frontière devient l’esprit de la Nation. « Le mystique de l’hexagone représente un sentiment d’appartenance que la République avait toujours cherché à instiller à ses citoyens ». La frontière nationale ne sert plus à protéger les frontières comme à son apparition, elle devient une glorification de la spécificité française.

 

 

 

 

 

            Les Etats-Unis présentent une relation totalement différente avec la frontière. Ce pays s’est construit par la conquête d’un grand espace. Frederick Jackson Turner, en 1893, soit peu de temps après l’achèvement de la conquête de l’Ouest[1], bouleverse l’étude de l’Histoire américaine en affirmant que les particularismes de la société américaine sont dues à la présence de terre libre, à la possibilité d’extension à l’Ouest. Chaque avancée de la frontière, chaque fois que l’avant-garde du progrès se déplaçait plus à l’Ouest, la démocratie et les institutions américaines se renforçaient car toute nouvelle communauté devait apprendre à régler les problèmes inhérents à la vie sociale. Isolés mais inspirés par les institutions plus à l’Est,  ces petits groupes façonnèrent une façon de faire particulière, une démocratie à part. La théorie de Turner fut critiquée sur de nombreux points[2] mais elle reste ancrée dans l’imaginaire américain (le western en est la meilleure illustration). Or nous ne nous intéressons pas tant à la véracité des faits qu’à leur interprétation. Pour les Américains, l’idée de cette conquête, de cette extension continuelle de leur frontière détermine leur spécificité. House (1928) souligne que la base de la liberté américaine a été la conquête non pas d’autres peuples mais de la Nature. Les Etats-Unis bénéficiant d’un grand espace facile à acquérir (supériorité technique sur les Indiens) n’ont jamais eu à gérer des relations frontalières régulières avec leurs voisins. Même si des conflits ont pu voir le jour, guerre américano-mexicaine par exemple, ils ont été ponctuels. Ce pays a indirectement bénéficié de l’étendue offerte au Mexique et au Canada qui n’avaient donc pas besoin d’affronter les Etats-Unis pour s’agrandir. Le gigantisme de ces trois pays (par rapport aux Nations européennes) rend le modèle proposé plus haut non utilisable. Par contre, l’inutilité d’utiliser les sentiments nationaux pour consolider la frontière devrait s’être réfléchie sur la frontière nationale. Telle est effectivement le cas puisque la base de la frontière psychologique va correspondre à la thèse de Turner. Tocqueville estimait que la réussite de la démocratie en Amérique reposait en grande partie sur leur isolement, la frontière nationale va prendre une forme particulière pour la même raison. Le franchissement continu d’obstacles physiques est devenu un mythe. La thèse de la frontière de Turner est devenue et restée si populaire car elle faisait échos « à l’imagination » (Hofstadter),  « à des émotions et convictions partagées intimement par les Américains en général » (Pierson).

 

 

            Ainsi la frontière nationale a pris la forme du dépassement des barrières érigées par la Nature. Bogart (1932) se demandait si après les frontières physiques, les Américains orienteraient leurs efforts vers les frontières culturelles, manufacturières,… Cette réflexion marque le basculement d’une frontière nationale rattachée à la frontière physique vers une frontière nationale estampille de l’esprit américain. Le célèbre discours du président Kennedy appelant à franchir la Nouvelle Frontière illustre bien l’importance dans le psychisme américain de l’idée de toujours dépasser les difficultés posées par la Nature et la place du politique dans l’entretien de cette mythologie. Le premier développement d’une frontière nationale comme dépassement des frontières fut le passage d’une action gouvernementale tournée vers l’intérieur à une diplomatie active. Cette modification des fondements de la politique américaine fut menée par Theodore Roosevelt, historien reconnu en son temps et homme nostalgique de la grande période d’extension des Etats-Unis. Si Turner a interprété l’histoire, le pouvoir a transmis le mythe au peuple, il en a fait une caractéristique essentielle de l’esprit américain. L’impulsion vient de la science, la propagation, du politique. Toutefois il serait tentant de croire que le développement vers l’Est des Etats-Unis a été de tout temps approuvé par tous et que Turner a simplement explicité les raisons de ce jugement positif. Cependant Turner a toujours demandé que son œuvre soit jugée en fonction des recherches précédant ses travaux. S’il n’a pas totalement créé sa thèse, il a néanmoins apporté un regard nouveau sur cette période de l’Histoire. En effet, les événements analysés par Turner ont pendant longtemps été perçus comme une menace pour la société. Robert Lewis ( ???) montre comment Frederick Law Olmsted (1822-1903), l’instigateur de Central Park, et ses correspondants réguliers (Godkin et Norton) condamnaient l’extension américaine. On peut résumer leur sentiment par cette sentence de Godkin : la source des maux de la Nation était « la tendance à la désintégration causée par la distance, le nombre, les différences de climat, de sol et de situation originelle », autrement dit les problèmes provenaient de la frontière. La domination des idées de Turner sur celles de Olmsted a été la conséquence du déroulement de l’Histoire mais cette prépondérance a aussi été favorisée par le pouvoir, puis instrumentalisée quand ce dernier a compris toute l’utilité qu’il pouvait retirer de la création d’une mythologie expansionniste.

 

 

           

 

 

            Ainsi la France , en raison de l’évolution de ses rapports frontaliers, a développé une frontière nationale glorifiant la perfection française. Cette dernière porte en elle l’unicité du pays mais également une délimitation puisqu’il est impossible de dépasser le parfait. Le caractère fini de la frontière favorise l’apparition d’une marque séparant clairement les nationaux des étrangers. Ce sceau peut être mal vécu par les extérieurs (outsiders) mais il s’avère vital pour les insiders  car le rejeter reviendrait à ouvrir la frontière nationale et, par conséquent, à accepter la perfectibilité de la nation française (voir Jennie-Keith Ross (1975) pour plus de précision sur les frontières sociales). Il ne suffit pas de vivre en France, il faut également être perçu par les autres comme français, recevoir le label[3]. Ce processus passe par une assimilation des coutumes et de la culture locales qui heurte parfois les individus et les conduit à ne se sentir nulle part chez eux. Néanmoins une question se pose : pourquoi la France a-t-elle développé de telles spécificités et non ses voisins affectés par les mêmes relations frontalières ? On peut apporter une réponse schématique mais satisfaisante à cette interrogation. Les Etats adjacents n’ont pas, contrairement à la France , eu la possession totale de leur espace national (cas de l’Espagne) ou ont connu tardivement leur forme définitive (Allemagne, Italie) ou encore n’ont jamais atteint une taille critique (Belgique, Pays-Bas). On constate que le pays certainement le plus proche dans son approche nationale, à savoir l’Allemagne, a été le premier à posséder un avantage militaire et a développé rapidement des sentiments nationaux dans un but offensif (on suit ici la logique du modèle présenté précédemment). Ces points mériteraient une étude plus sérieuse que les arguments présentés ici mais cette ébauche est suffisante dans notre optique.

 

 

            Aux Etats-Unis, la frontière est vue comme un obstacle qu’il convient d’abattre, qu’il est nécessaire de franchir.  Elle indique qu’il n’y a pas de limite aux capacités humaines et, en particulier, américaines. Elle pointe la direction : vers l’avant. Elle donne un élan continuel à la société. Cela ne signifie pas que les frontières sont ouvertes pour tous mais plutôt que l’on accordera son respect et sa confiance à tous ceux qui sauront trouver la brèche. Aujourd’hui, on voit apparaître un nouveau rapport avec la frontière physique à travers la volonté de sécuriser par un mur de barbelés la frontière mexicaine (fin de l’ouverture) et d’expulser tous les clandestins présents sur le sol américain (on ne récompense plus les « pionniers »). Ce changement de vue présage-t-il une modification de la frontière nationale où la frontière serait vue comme un danger et les passeurs[4] comme des éléments nocifs ? Ou bien, comme dans le cas étudié plus haut, ce jugement disparaîtra-t-il pour renforcer la positivité, les apports de la frontière ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Conclusion

 

 

 

 

 

            Le modèle présenté dans ce mémoire a le mérite de fournir des résultats robustes à une étude, à une interprétation des faits historiques. Par contre, il est évident qu’il repose sur certaines hypothèses qui en limitent la portée. Tout d’abord, on prend comme variable la ferveur nationale qui est, par définition, difficilement mesurable. On pourrait l’approcher par un dénombrement des références à la Nation dans les grands média et les discours politiques. Le travail demandé serait alors colossal. De plus, il faudrait démarquer le langage nationaliste en rapport avec la frontière (normalement très présent au début du siècle) de celui plus général, plus large pour avoir une mesure utilisable. Il semble que les sentiments nationaux soient destinés à rester très abstraits et la réutilisation du modèle dans un cadre moderne (conflits en Afrique, par exemple) s’avère donc complètement illusoire. De plus, le modèle ne prend en compte que deux variables pour analyser l’apparition d’un conflit. Il laisse de côté les questions ethniques, de ressource naturelle. Pis, il est fondé sur la rationalité des agents, des Etats, alors que la guerre présente souvent un caractère irrationnel (une relation perdant - perdant). Enfin on résume l’apparition d’un certain nationalisme à la protection ou à l'extension des frontières. Or sauf à penser que l’Etat est un « monstre froid » calculateur, il semble évident que d’autres facteurs ont conduit à l’existence et la croissance d’une frontière nationale et que le gouvernement ne contrôle pas totalement les sentiments nationaux de ses citoyens[5].

 

 

            Malgré ses limites, le modèle présenté permet de bien appréhender le problème de la frontière nationale. Il met en lumière le lien entre cette dernière et les frontières physiques, lien peu étudié dans la littérature politique, stratégique ou économique. En déterminant une relation entre les deux notions, on a révélé, en partie, le fonctionnement du processus d’identification nationale. Ce processus n’est pas neutre, il n’est pas totalement issu d’un mouvement historique mais a pu être motivé par calcul politique. En participant à l’accroissement des sentiments nationaux, les gouvernements ont principalement cherché à sécuriser leur territoire et, par la même occasion, leur contrôle sur la société. Ils ont accru leur légitimité en imbriquant leur existence dans celle de la Nation. Ce mémoire montre que la Nation n’existe pas seulement par l’Histoire, elle est aussi une création politique ayant servi les intérêts de tous les types de pouvoir.


Bibliographie

 

 

 

 

-          The Idea of the French Hexagone, Nathaniel B. Smith (French Historical Studies, Vol. 6, no. 2, automne 1969)

 

 

-          Social Border : Definitions of Diversity, Jennie-Keith Ross (Current Anthropology, Vol. 16, no. 1, mars 1975)

 

 

-          Frontiers and Civilization in the Thought of Frederick Law Olmsted, Robert Lewis (American Quaterly, Vol. 29, no. 4, automne 1977)

 

 

-          Pushing Back Frontiers, E. L. Bogart (The American Economic Review, Vol. 22, no. 1, mars 1932)

 

 

-          Frederick Jackson Turner Reconsidered, Allan G. Bogue (The History Teacher, Vol. 27, no. 2, fév 1994)

 

 

-          Political Geography as a Political Science Field, Harold H. Sprout (The American Political Science Review, Vol. 25, no. 2, mais 1931)

 

 

-          The Frontiers of Freedom, Robert B. House (Social Forces, Vol. 7, No. 2, Déc. 1928)

 

 

-          Comparative Studies in Frontier History, Marvin W. Mikesell (Annals of the Association of American Geographers, Vol. 50,  no. 3, mars 1960)

 

 

-         From Boderlands to Bordedrs : Empires, Nation-States, and the People in-Between in North America History, Jeremy Adelman, Stephen Aron (The American Historical Review, Vol. 104, no. 3, juin 1999)

 

 

-          History and the American Greatness, Max Lerner (American Quaterly, Vol. 1, no. 3, automne 1949)

 

 

-          Hidden Themes in the Frontier Thesis : an Application of Psychoanalysis to Historiography (Alan C. Beckman (Comparative Studies in Society and History, Vol. 8, No. 3, Avr. 1966)

 

 

-          Frontiers in American History and the Role of the Frontier Historian, Jack D. Forbes (Ethnohistory, Vol. 15, no. 2, printemps 1968)

 

 

-          Learning and Legitimacy, Richard M. Merelman (The American Political Science Review, Vol. 60, No. 3 Sep., 1966)

 

 

-          Substance and Study of Borders in International Relations Research, Harvey Starr, Benjamin A. Most (International Studies Quaterly, Vol. 20, no. 4, Déc. 1976)

 

 

-          Diffusion Reinforcement, Geopolitics and the Spread of War, Benjamin A. Most, Harvey Starr (The American Political Science Review, Vol. 74, no. 4, Déc. 1980)

 

 

-          Roots of the Modern Interstate Dispute, Robert Mandel (Journal of Conflicts Resolution, Vol. 24, no. 3, Sept 1980)

 

 

-          Crossing Borders and Transgressing Boundaries : Metaphors for Negotiating Multiple Identities, Katherine Pratt Ewing (Ethos, Vol. 26, No. 2, juin 1998)

 

 


Annexe

 

 

 

 

Calcul de la probabilité de jouer R pour le joueur B dans le modèle simplifié

 

 

 

La probabilité d'équilibre, dénommé p, pour B de respecter rend le joueur A indifférent entre jouer R ou NR (transgresser la frontière). Elle permet à B de ne pas donner des indications que A pourrait utiliser contre lui.

On a donc :

0*p + (1-p)*[(5M + 3n – 9)/30] = p*[(6M + 2n -9)/24] + (1-p)* [(6M + 2n -9)/24]

Soit, à droite, l'utilité pour A de jouer R sachant que B joue R avec une probabilité p et NR avec une probabilité 1-p et, à gauche, l'utilité pour A de jouer NR sachant que B jour R avec une probabilité p.

 

 

 

De cette égalité, on tire : p = 1 – [5*(30 + 2n -9)/4*(5M + 3n – 9)]

 

 

 

On calcule la dérivée de p par rapport à M (dp/dM) et par rapport à n (dp/dn). On trouve :

-         dp/dM = 5*(9 – 8n)/4*(5M + 3n -9)² : la dérivée est positive (p augmente quand M augmente) lorsque n est inférieur à 9/8

dp/dn = 5*(8M – 9)/4*(5M + 3n – 9)² : la dérivée est positive lorsque M est supérieur


[1] Estimée en 1890.

[2] Turner a schématisé une conquête de l’Ouest reposant sur l’idée que la civilisation rencontrait la sauvagerie. Il n’a nullement pris en compte la diversité des pionniers, les échecs de plusieurs communautés, les relations avec les Hispaniques, le rôle des femmes, etc. Néanmoins comme l’affirme Riegel : « Aucune personne censée ne peut réellement croire que la conquête de 3000 miles de terre sauvage n’a pas laissé des marques dans l’histoire et dans l’esprit américain ».

[3] Il est intéressant de constater que la nouvelle loi sur l’immigration demande désormais un test civique aux migrants, il faut valider son droit de passage, son droit de vivre en France.

[4] Pris dans le sens des individus qui franchissent la frontière et non dans celui plus commun de ceux qui organisent les  traversées.

[5] A ces critiques générales, on peut ajouter certains problèmes dans le modèle simplifié. i) L’utilité de respecter la frontière est plus grand pour un Etat deux fois plus nationaliste et possédant des capacités militaires bien supérieures à celle de son voisin alors qu’il devrait être poussée à l’attaquer à tout prix car la victoire est à portée de main. ii) Dans le cas où les deux Etats présentent des caractéristiques similaires, le signal envoyé par le joueur A s’il augmente les sentiments nationaux de son peuple sera interprété comme une menace par B alors que le but de A est de consolider sa  frontière, le modèle montre un problème de coordination (lié à un manque de confiance ?) entre les deux Etats. Une étude en jeux répété (plusieurs périodes) du modèle pourrait résoudre ce problème qui n’est pas capital dans notre optique.

Par FaTraPa
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Lundi 1 mai 2006

 

Matrice de choix des joueurs pour certaines valeurs de M et de n[1]



[1] La représentation en matrice est une variante de la représentation en arbre présentée plus haut. A droite, on place les choix du joueur A et en haut les choix du joueur B. Les chiffres au centre du tableau indiquent les paiements respectivement du joueur A et du joueur B.

 

 

 

 

M = 1 et n = 1

 

 

 

 

 

 

B

 

 

 

 

 

 

R

 

 

NR

 

 

A

 

 

R

 

 

0 ; 0

 

 

-1/30 ; -1/24

 

 

NR

 

 

-1/24 ; -1/30

 

 

-1/24 ; -1/24

 

 

 

M = 2 et n = 2

 

 

 

 

 

 

B

 

 

 

 

 

 

R

 

 

NR

 

 

A

 

 

R

 

 

0 ; 0

 

 

7/30 ; -5/24

 

 

NR

 

 

5/24 ; -5/30

 

 

5/24 ; -5/24

 

 

 

 

 

M = 1 et n = 2

 

 

 

 

 

 

B

 

 

 

 

 

 

R

 

 

NR

 

 

A

 

 

R

 

 

0 ; 0

 

 

1/15 ; -1/12

 

 

NR

 

 

1/24 ; -1/15

 

 

-1/24 ; 1/12

 

 

 

 

 

 

 

 

           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

M = 2 et n = 1

 

 

 

 

 

 

B

 

 

 

 

 

 

R

 

 

NR

 

 

A

 

 

R

 

 

0 ; 0

 

 

2/15 ; -1/6

 

 

NR

 

 

5/24 ; -7/60

 

 

5/24 ; -1/6

 

 

Le calcul des équilibres de Nash[1] (entourés dans les matrices), pour un certain nombre de valeurs de M et de n,  met en exergue certains résultats. Le joueur A a intérêt à ne pas respecter les frontières s’il est en position de force, c’est-à-dire dès que M est supérieur à 1 et n à 3/2. A l’inverse, dès qu’il se sent en position d’infériorité, B respectera la frontière. Ainsi si n appartient à l’intervalle [2/3 ; 3/2], la frontière est sécurisée puisque aucun des deux protagonistes n’aura intérêt à envahir l’autre. Si on part d’une situation où n vaut 1 pour parvenir à une situation où n égale 4/3, cette variation, loin de conduire à un conflit, solidifiera les frontières. Autrement dit, un Etat peut avoir intérêt pour sa sécurité à insinuer un sentiment national au sein du peuple. Quelle peut être la réaction du pays limitrophe ? En supposant cet Etat rationnel, on peut penser qu’il instillera à son tour une certaine idée nationale car il sait que si n dépasse 3/2, le risque que la frontière ne soit pas respectée deviendra non négligeable. Ainsi le ratio n reviendra aux alentours de 1 mais avec des valeurs plus élevées pour na,t et nb,t. Ou bien on pourra assister à un mouvement balancier de n autour de 1 qui entraînera une hausse continue de na,t et nb,t. Le processus ainsi mis en avant peut expliciter l’apparition d’une frontière non plus physique mais également nationale. A force d’agir sur les sentiments nationaux pour consolider ses frontières, un Etat ne peut manquer de créer les conditions d’apparition d’une frontière psychologique. Comme la frontière démarque deux pays, la frontière nationale sépare les « eux » menaçant la Nation et les « nous » défenseurs de notre propre bien-être.

 

 

            Le calcul de la probabilité de jouer R, donc de respecter les frontières, en fonction de M et de n permet d’affiner l’analyse[2]. Pour le joueur B, cette probabilité augmente quand n augmente si et seulement si M est supérieur ou égal à 9/8. Ainsi si le pays A ne possède pas d’avantage militaire, une variation à la hausse des sentiments nationaux à l’intérieur de ce pays sera analysée comme une menace à venir pour B, un moyen de préparer l’opinion publique chez A à une augmentation des moyens de l’armée, et de ce fait, B choisira une attitude offensive pour parer à cette éventualité. Mais cette situation, M inférieur à 9/8, peut aussi entraîner une réaction nationaliste de la part de l’Etat B et par conséquent une diminution de n. Alors cette baisse renforcerait la probabilité que B respecte la frontière. Parallèlement à ces premiers résultats, on s’aperçoit que les variations de la probabilité de jouer R pour le joueur B varie dans le même sens que M, cette probabilité augmente quand M augmente, si et seulement si n est inférieur ou égal à 9/8. Imaginons deux Etats faisant preuve d’une ferveur nationale semblable, si A augmente légèrement sa puissance militaire (M augmente), alors B choisira certainement de respecter les frontières car il craindra trop une défaite militaire pour agir offensivement. A l’inverse une augmentation des ressources militaires de B diminuera la probabilité que cet Etat respecte la démarcation entre les deux pays.

 


[1] Pour déterminer, l’équilibre de Nash, on imagine la meilleure réponse du joueur j à chaque choix du joueur i. Dans le cas M=2 et n=1, si le joueur A joue R alors le joueur B a également intérêt à jour R puisque cela lui rapporte un paiement 0 contre -1/6 s’il joue NR. Il y a équilibre quand les meilleures réponses de i et de j se croisent.

[2] Voir annexe pour le calcul.

Par FaTraPa
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Mardi 2 mai 2006

            Toute étude de la frontière se trouve confrontée à un premier écueil imposant, la multitude des définitions attachées à ce terme. La frontière a pris un sens métaphorique qui la rend apte à être utilisée dans des situations extrêmement diverses allant des rapports sociaux (la frontière entre les pauvres et les riches, entre les hommes et les femmes) à la construction de sa personnalité (la frontière de l’âge adulte, de ses appréhensions). Malgré la variété de ses utilisations, on peut dégager un socle commun. La frontière représente le point de contact, d’interaction entre deux groupes, deux entités ou deux concepts (Jack D. Forbes (1968)[1]).

 

 

 

Peut-on vraiment considérer que la reprise de ce mot exprime une simple figure de style ? Quand on considère l’ensemble des problèmes où l'on retrouve cette expression, il devient utile de rechercher les ramifications entre un éventuel point de départ et les multiples sens de la frontière. Je propose comme commencement à ce développement protéiforme La frontière politique, la ligne de démarcation entre deux Etats. J’analyse le passage d’une frontière physique à une frontière psychique que je dénomme la frontière nationale.

 

 

 

Chaque Nation crée un sens très fort d’identité qui sépare le monde entre le « nous » et les « eux ». Le « nous », terme chaleureux puisqu’il rattache chaque citoyen à une communauté, il désigne les nationaux, les personnes partageant les valeurs propagées par la Nation. A l’intérieur de chaque pays existe un lieu de friction entre les habitants et les occupants. En temps normal, la distinction est invisible car elle est enfouie au fond de notre imaginaire collectif. En temps de crise, elle s’impose devant nos yeux. La crise des banlieues l’a ainsi révélée au grand jour. Avant l’embrasement des Cités, les résidents étaient identifiés comme des pauvres Français victimes du chômage, de la crise économique et de lycées non adaptés. Pendant, ils sont  devenus des étrangers, des immigrés de la seconde génération, des non-assimilés. Le non-respect de l’attitude attendue entraîne une expulsion hors des frontières nationales. Elles ne sont pas visibles, la plupart des jeunes de banlieue n’ont pas changé d’adresse, elles sont entièrement psychologiques. En parallèle, on peut observer que la Nation est une forme politique reposant avant tout sur une délimitation stricte de son territoire. Cette absolue nécessité de démarcation a influé sur les comportements des individus. La frontière physique, tangible a entraîné la création de frontières nationales, symboliques et donné l’impulsion décisive à un emploi figuré de ce terme dans tous les domaines de la société.

 

 

 

Ce mémoire se propose d’établir un lien entre la frontière politique, assimilée à un contrat entre deux états, et la frontière psychologique, de rechercher les raisons de cette transformation. Cet examen prendra la forme d’un modèle simple issu de la théorie des jeux. L’illustration des conclusions du modèle par deux exemples, la France et les Etats-Unis, montrera comment le rapport à la frontière physique a influé sur la frontière nationale et donc l’esprit de la Nation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Apparition et stabilisation d’une frontière étatique

 

 

 

 

Présentation du modèle

 

            Le modèle développé représente, par souci de simplicité, les interactions entre deux Etats. On néglige les frontières où trois Etats cohabitent mais une simple extension du modèle suffirait à prendre en compte ce cas de figure. Le modèle est constitué de deux étapes. Chaque étape schématise une période de l’histoire. Dans un premier temps, on regarde la constitution de la frontière étatique. On peut assimiler cette phase à la fin du Moyen-Âge. Cette dernière est vue dans le modèle comme le résultat d’une guerre ouverte. Puis on s’intéresse à la stabilisation de la frontière, plus précisément aux moyens utilisés par les deux pays afin parvenir à une frontière fixe. La deuxième étape correspondrait plutôt à l’ère moderne.

 

 

 

 

 

 

1ère étape

 

 

 

            Un continuum de 1 (toutes les valeurs entre 0 et 1) schématise l’espace entre deux capitales (ou centres de pouvoir). La capitale du pays A est située en 0, celle du pays B en 1.

 

 

 

 

Chaque pays possède une capacité militaire notée Mi (i = a pour le pays A et b pour le pays B). Cette capacité militaire dépend de la taille et de la valeur de l’armée, de la technologie militaire du pays, des alliances. Elle est assimilable à un vecteur de force, ce que Boulding appelle le « strength gradient »[1]. On peut le traduire comme l’inverse d’un coût : plus Mi est important, moins le pays i dépense pour conquérir un territoire. La projection de l’armée hors des centres militaires a un coût, dénommé d. Il est supposé identique pour les deux Etats et proportionnelle à la distance parcourue par l’armée[2]. Ainsi pour atteindre un point x situé entre A et B, le pays A débourse 1/ Mi + xd et le pays B : 1/ Mi + (1-x)d [3]. La frontière se fixe au point où les coûts totaux sont identiques (de sorte que si un des deux royaumes souhaitait poursuivre son expansion, le second pourrait mobiliser des ressources supplémentaires pour le repousser). L’équilibre est donc obtenu au point x* = ½ + (Ma – Mb)/2dMaMb .

 

 

 

Ce résultat correspond, au premier abord, à la logique des relations entre deux Etats. Si le pays B possède une capacité militaire supérieure au pays A (Mb > Ma) alors x* sera inférieur à ½, ce qui signifie que la frontière sera plus proche de A que de B. A l’inverse, si l’Etat A développe une armée plus puissante que B alors la frontière sera plus proche de B. De plus, si Ma et Mb prennent des valeurs importantes, la différence de capacité entre A et B n’empêchera pas x* d'être situé proche du milieu. Autrement dit, plus les capacités militaires des royaumes sont faibles, plus la différence de force militaire joue un rôle important, ou inversement, plus deux pays ont des capacités militaires importantes, plus l’augmentation de la capacité militaire doit être notable pour créer une différence significative. Un tel résultat permet de comprendre pourquoi les frontières politiques ont plus varié au Moyen-Âge que par la suite.

 

 

 

            On pourrait également modéliser les choix de Mi effectués par chaque Etat. Cependant il serait nécessaire de faire des hypothèses sur les fonctions de coût d’ajout de capacité militaire (par exemple, l’alliance avec un pays C représente un certain coût politique et économique). On peut simplement estimer que plus Mi est important plus la création de nouvelles capacités coûtent au royaume. En effet, si l’armée est déjà composée de nombreux soldats, il est probable que l’Etat éprouvera des difficultés à recruter de nouveaux militaires. De même, si l’Etat i est déjà engagé dans plusieurs traités d’alliance, il éprouvera des difficultés à satisfaire les demandes d’un nouvel allié (il aura d’autant plus de peine si les traités comportent des contrats de mariage comme il était courant à l’époque).

 

 

 

            Une fois les frontières marquées, il est essentiel de comprendre comment les Etats sont parvenus à les stabiliser définitivement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2ème étape

 

 

 

A la fin de la première étape, les deux Etats ont convenu de leur ligne de démarcation puisqu’ils savent bien qu’ils ne peuvent continuer à s’étendre. Cet accord sur la frontière peut donc être vu comme un contrat entre deux entités politiques. Le problème qui se pose désormais n’est plus la conception du contrat mais son respect. Quelles raisons incitent un pays à envahir l’autre ? Quels principes poussent des Etats à respecter leur accord ? Autrement dit, on ne se situe plus dans une phase de conquête d’un espace vide (ou dominé par des seigneurs locaux) mais dans une période de lutte entre deux pays bien établis.

 

 

 

            Dans cette nouvelle situation, chaque Etat a deux possibilités : respecter la frontière établie (action : R) ou chercher à la remplacer, à la déplacer (action : NR). Le choix des deux Etats frontaliers est simultané, c’est-à-dire qu’ils ne connaissent pas l’action de leur « partenaire », de l’autre joueur quand ils prennent leur décision. On reprend la notation précédente avec un pays A et un pays B. On garde la capacité militaire d’un pays i Mi,t à laquelle on ajoute une dimension temporelle puisque la puissance d’un pays varie avec le temps en fonction de ses investissements dans ses forces armées, de ses alliances, de sa richesse,… On ajoute également une nouvelle variable : ni,t . Ce nouvel élément symbolise la légitimité d’un régime. Cette dernière peut prendre plusieurs formes comme la satisfaction des citoyens. Elle n’existe pas dans la première étape puisque les acteurs n’exercent aucun contrôle politique sur les territoires avant qu’ils ne les conquièrent. Par la suite, cette variable représentera avant tout le sentiment national. En effet, on peut penser que les habitants seront prêts à défendre plus vigoureusement leur pays s’ils se sentent habités par un esprit national. L’idée nationale dans le psychisme d’un peuple renforce les capacités d’un Etat à se défendre et dans une moindre mesure ses possibilités de conquêtes. On estime donc que le poids de la variable ni,t est plus fort lorsque l’Etat i protège son territoire tout en n’étant pas négligeable lors de ses intrusions frontalières.

Si les deux pays respectent la frontière établie alors ils n’y a aucune variation de leur situation, le statu quo est symbolisé par un paiement de 0 pour A et B.

 

 

Si A respecte la frontière et B la rejette alors A est en position défensive (d’où l’indice d) et B en position offensive (indice o). Dans le cas inverse, A sera en position offensive (indice o) et B en position défensive d). Si les deux pays ne respectent pas leur accord, alors ils se retrouvent tous les deux en position offensive.

 

 

 

 

 

              Dans tous les cas, les fonctions de paiement de gain ou perte (F pour A et G pour B) dépendent des capacités militaires et du sentiment national de chacun des deux pays. Pour le pays i, la fonction est croissante et concave en Mi,t et en ni,t, cela signifie, pour Mi,t, que plus la force militaire d’un pays est développée, moins le gain procuré par une unité supplémentaire (d’une capacité militaire supplémentaire) est important. Si A possède déjà 100 tanks, un nouveau tank lui offrira plus de chance de remporter une guerre mais ne lui fournira pas un avantage décisif, par contre si A construit son premier char d’assaut alors l’apport de ce dernier sera très important. Par contre, la fonction est décroissante (toujours pour le pays i) en Mj,t et en nj,t. Imaginons que B augmente sa force armée, alors A risque d’éprouver des difficultés à se défendre ou à conquérir des territoires, la fonction de paiement de A sera donc moindre si B a amélioré ses capacités militaires. Enfin, on peut estimer que les fonctions pour i sont croissantes et concaves en Mi,t/ Mj,t et ni,t / nj,t, soient les ratio respectivement entre les forces militaires de i et de j et entre les « nationalismes » de i et de j. Si i a déjà une armée bien plus développée que j alors une légère amélioration de ses capacités militaires n’aura que peu de conséquence car s’il agit rationnellement, il aura déjà tiré profit de son avantage par le passé.

 

 

              Ces hypothèses permettent d’être en phase avec les principaux faits concernant les conflits modernes. En effet, selon une étude datant de 1980[1], le risque de conflit frontalier est plus important lorsque deux Etats voisins possèdent des capacités militaires proches. Si un Etat A domine de manière décisive un Etat B, alors ce dernier préfèrera accéder aux volontés du premier. Ou A aura déjà obtenu la portion de territoire frontalier qui l’intéresse auparavant ou bien il préférera exercer une pression diplomatique plutôt que se lancer dans une aventure guerrière. Par contre, si A et B se considèrent militairement égaux, ils penseront tous les deux pouvoir l’emporter et choisiront la guerre plutôt que de céder diplomatiquement. Le modèle présenté analyse les situations d’un point de vue dynamique (en étudiant les variations au cours du temps). On retrouve bien qu’une petite variation du ratio de capacité militaire entre deux pays (entre la date t et la date t+1) est suffisante pour entraîner une possibilité de gain important et donc inciter à mener une offensive. Autrement dit, si deux Etats possèdent une force équivalente alors il suffit qu’un des deux acquière un léger avantage comparatif pour multiplier les risques d’un conflit. D’autre part, selon Robert Mandel, la fréquence des conflits est moins forte lorsque les Etats ont atteint un certain niveau technologique. En effet, la technologie permet de relativiser l’importance stratégique du territoire et les prouesses scientifiques renforcent la fierté nationale tout autant que les victoires militaires. La modélisation ci-dessus établit la même propriété en dynamique : plus les capacités militaires (qui prennent en compte le niveau technologique d’un pays) sont importantes, moins un pays peut bénéficier d’une nouvelle invention.

 

 

 

 

 

Reprise de la deuxième étape dans un cas simple

 

 

 

             Afin d’obtenir des résultats plus suggestifs, je reprends le modèle ci-dessus en utilisant des fonctions linéaires pour f et g. D’autre part, j’appelle M le ratio Ma,t / Mb,t et n le ratio na,t / nb,t.

 

 

            Les fonctions utilisées sont les suivantes :

 

 

-         Fd(Ma,t,Mb,t,na,t,nb,t) = ½*(M/3 + n/5 - 6/10)  + ½*(-39/80) = M/6 + n/10 – 3/10

 

 

-         Fo(Ma,t,Mb,t,na,t,nb,t) = ½*(M/2 + n/6 – 3/8) + ½*(-3/8) = M/4 + n/12 – 3/8

 

 

-         Gd(Ma,t,Mb,t,na,t,nb,t) = ½*(1/3M + 1/5n - 6/10)  + ½*(-39/80) = 1/6M + 1/10n – 3/10

 

 

-         Go(Ma,t,Mb,t,na,t,nb,t) = ½*(1/2M + 1/6n– 3/8) + ½*(-3/8) = 1/4M + 1/12n – 3/8

 

 

On estime que chaque protagoniste a une probabilité ½ de remporter le conflit. Le vainqueur remporte un gain proportionnel aux ratios entre, d’une part, sa capacité militaire et celle de son adversaire et, d’autre part, entre leurs ferveurs nationales. Je soustrais à ce gain les pertes engendrées par la guerre (territoire détruit, morts aux combats, …). Le vaincu doit rembourser les dégâts causés par les combats. On représente dans les fonctions le paiement moyen que peut obtenir un joueur selon qu’il choisit de respecter ou de remettre en question les frontières. Afin de rendre le modèle plus réaliste, on fait l’hypothèse que M et n sont compris entre ½ et 2. Aucun des deux pays ne peut être deux fois plus puissant et/ou deux fois plus nationaliste que son voisin. Un des deux ratios supérieur à ces valeurs impliquerait que l’Etat en situation d’infériorité serait soit absorbé, soit réagirait afin de diminuer la menace pesant sur son existence. Une telle possibilité ne peut perdurer qu’un court intervalle de temps.

 La suite : http://lanouvelleguerremondiale.over-blog.com/article-2821910.html

 

Par FaTraPa
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Jeudi 25 mai 2006

Je mets en ligne un mémoire sur le lien entre les frontières physiques qui démarquent des Etats et les frontières nationales, frontières psychologiques qui séparent les nationaux des résidents, le "nous" des autres. Je montre comment les sentiments nationaux résultent d'une volonté des gouvernements de se protéger de leurs voisins. Autrement dit, l'apparition de la Nation moderne n'est pas seulement un processus historique mais aussi est aussi due à une certaine volonté politique. Pour en savoir plus, cliquer ici : http://lanouvelleguerremondiale.over-blog.com/article-2821753.html

Cette étude peut être réutilisée librement mais merci de ne pas oublier de citer votre source.

Par FaTraPa
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