Ne jamais oublier

« Si vous ne vous battez pas pour vos droits quand vous pouvez vaincre sans verser le sang, si vous ne vous battez pas quand la victoire est certaine et peu coûteuse, le moment viendra où vous devrez vous battre contre tout espoir, avec des chances de survie très minces. Et il y a pire : peut-être devrez-vous vous battre sans la moindre chance de vaincre, parce qu’il vaut mieux périr que de vivre en esclaves. »

Winston Churchill

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Recommander

Concours

Mélopées africaines

Mardi 4 juillet 2006

Dans à peu près 24h, je serai sur le pont d'embarquement. Non pas d'un navire qui à travers les flots m'emporterait  - comme le raconte avec une pointe de nostalgie nos aïeuls - mais d'un airbus ou boeing, direction Dakar, Sénégal pour trois mois de stage à la Mission Economique.

A moi, la vie africaine, ce bruit, cette poussière, cette odeur, ce soleil, ces marchés, ces harceleurs/vendeurs bon marché, ces dents blanches émoussées sur visage noir sérieux et marqué, tous ces éléments absents de notre confort désinfecté. Certes, la pétillance de l'Afrique ne sera qu'entre-aperçu dans les déales de la métropole bien occidentalisé sénégalaise. Mais je promets d'aller chercher à Saint Louis, dans la brousse, en Gambie, dans les villages proches du Mali ou autres des éléments purement (si cela a un sens en dehors de notre imagination d'Européens) africains. J'essayarai de vous rendre compte dans la catégorie Mélopées africaines, de mes périgrénations, de mon ressenti, de mes sentiments, de mon vécu dans le continent noir.Je vous parlerai de l'ambiance telle qu'elle résonne en moi. J'évoquerai les rapports humains avec l'habitant qu'il soit nanti ou misérable. Je serai aussi fidèle que possible, fidèle non pas aux faits mais aux impressions. Je n'oublierai pas les négresses et leur jeu de séduction. Les plats, les plantes, les animaux et les grains de sable des plages de Dakar auront leur place. J'essayerai, car je sais que plusieurs y trouveront du plaisir et de quoi sourire, les autres peuvent zapper sur un autre blog, de tenir régulièrement mon carnet de voyage sans verser dans la banalité, en portant haut la poésie de la vie en Afrique, loin de toutes mes (nos) habitudes.

Voilà je pars, je pars avec des échos d'Elliott Smith dans la tête "I am in love with the world through the eyes of a girl". Puissent-ils dire vrai.

Par FaTraPa
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mardi 11 juillet 2006

Des lumières de la ville au contour des faubourgs, des grands boulevards au ruelle décharnée, des trottoirs au immeubles délavés, le monde africain vit dans une galaxie parallèle. Oubliez vos réflexes de jeune occidental. Oubliez vos habitudes maniérées. L'Afrique est un autre monde.

Prenez le quartier des affaires, des ambassades, des blancs dits toubabs ici. Dans votre bienfaisante naïveté, vous espèrez retrouver un semblant de chic et vous ne voyez que délabrement. Les chaussées piétonnes ou véhiculaires sont délabrées, poussiéreuses, cabossées, trouées. Les batiments semblent bancals. Et les vendeurs à deux sous, les guides édentés vous alpaguent pour vous entuber. Car dans ce pays très pauvre (157ème sur 177 selon l'IDH de l'ONU), l'argent prend une autre valeur. La perte ou le gain se mesurent, se ressentent en Europe à partir d'une certaine somme, ici le moindre centime prend une importance démesurée. L'appat du numéraire fait perdre les têtes. Dès que l'argent rentre en compte, les relations changent, dévient, se pervertissent. Cela fait peine à voir. Les habitants des PMA (Pays Moins Avancées) sont dépendants de la monnaie quand nous réussissons à nous en détacher.

La schizophrénie de l'argent se retrouve dans plusieurs domaines. L'économie est organisée autour du secteur informel. En connaître les règles est plus utile que de suivre la loi. La route appartient à celui qui la prend. Point de ligne de conduite, seule compte la force de l'action. Le piéton marche résolumment sur la rue, traverse aléatoirement. Les véhicules dépassent selon leurs possibilités (un taxi double une voiture de flic sur une route à double ligne blanche continue). Et les tacos klaxonnent les toubabs pour les emmener à bon port à "bon" prix. Car selon le local rien n'est cher mais les étrangers payent quatre fois plus.

Plus serait le terme le plus caractéristique de la vie africaine. Plus de bruit, plus d'agitation, plus d'échoppes, plus de soleil et  de chaleur étouffante, plus de foule, plus d'embouteillage, plus de poussière et saletés en tout genre, plus de béton. On cherche longtemps le coin de verdure, le point de repos. Il n'y en a pas. A part, peut-être, la médina. Quartier populaire parfois dangereux pour le blanc où les enfants jouent, les femmes se posent à l'ombre de leur maisonnette plate et les hommes vaquent à leurs occupations, les uns au marché, les autres travaillent le bois sur place et les chèvres broutent le peu d'herbe qui se présente sous leur nez maigrelet. A l'inverse de cet espace de tranquilité, on trouve l'immense marché Sandaga. Bordel incommensurable, inimaginable, inmesurable, inoubliable. A la queue leu leu, les voitures et bus bleu siglé Tata se frayent difficilement et donc lentement un chemin dans l'avenue envahie par les vendeurs. Tenir dans ce fourmillement, dans ce foisonnement est le maitre mot pour le visiteur. Et encore, il n'ose guère pénétrer le marché, il reste, épuisé, à la lisière, méfiant pour ses poches, suspicieux envers ceux qui l'acostent et à raison !

En Afrique, on oublie vite l'existence de l'Etat. D'aucuns, mauvaises langues, diront qu'il s'agit donc d'un paradis libéral. Il convient donc de leur rappeler que le pilier du libéralisme est the Rule of Law. Non, ce monde simple dont fantasme les alter prend réellement la forme d'une complexité sale corrompue par la misère. Les nobles sentiments sont absents de la quête pour sa survie. La beauté n'existe pas dans l'absence d'opportunité. Il n'y a pas désolation, il y a un grand amas de tristesse.

Par FaTraPa
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Lundi 17 juillet 2006

Voici un petit compte rendu de la réception donnée chez l'ambassadeur et donc d'une soirée mondaine loin de la France (et sans Ferrerro Rocher).

En fait, le 14 juillet ne fut pas débordant de passion.

 

Il y a certes le lieu. Une grande maison mais aux allures de HLM des années 70 avec sa petite mosaïque et ses colonnes laides en béton et ce blanc qui ferait sourire un Sarcellien. Evidemment quand un HLM contient 100 familles, ici il n’y a qu’un couple. Et ce couple, on le salue dans l’entrée comme le veut la tradition. L’ambassadeur grand aux cheveux poivres et sels (mais entiers pas comme d’autre) se tient bien et fait de grands sourires à tous sans manquer de glisser un petit mot aux hôtes d’importance secondaire (les vrais dignitaires étaient, eux, arrivés une heure avant la populace). Sa femme fait dans la dignité, elle ressemble à Louisa, l’ami portugaise d’Agnès au cas où je me sois trompé dans le prénom. Le Hall d’entrée est vaste et très  « ambassadique », ce n’est pas là qu’il faut chercher le charme, la beauté de l’endroit. Non, toute la valeur du lieu réside dans la vue. Pleine et entière sur l’ile de Gorée, la fausse ile aux esclaves, mensonge éhonté pour rameuter les touristes africains ignares et prêts à faire culpabiliser en tout les petits blancs. Les jardins fleuris comme il se doit descendent jusqu’à la mer mais sont fermés à la foule en ce jour de gloire nationale. Le buffet ou plutôt les stands de buffet sont présents aux quatre coins de l’espace ouvert. A peine une coupe de champagne, avec bulle mais sans aspect fruité, ingurgité et les discours commencent. Celui de l’ambassadeur fut simple, court, modeste (enfin pour un Français) et rébarbatif. On y vante l’équipe de France et l’amitié franco-sénégalaise et les hommes et femmes ici présentes qui la font vivre. Puis un ministre d’Etat (ici ils sont 5 dans ce cas pas comme chez nous où seul le Sarko a ce GRAND privilège) répète la même chose dans un style plus ampoulé et avec une diction hachée et accentuée. On est heureux d’en entrevoir le bout pour se ruer sur les petits fours. Petits fours bien français et tout à fait comestible. L’alcool coule à flot, on compte même des Sénégalais et des Français tombés définitivement sous ses coups, et la gestion est chaotique. Certains serveurs prennent leur temps pour ne pas faire mousser le champagne, d’autres oublient aisément ce détail, tous semblent ne pas trop comprendre le système du bouchon (ou tout du moins doucement) et un incongru refuse apparemment de servir de l’alcool (encore un extrémiste musulman). Dans le bazar qui s’installe sur la pelouse, les plateaux garnis arrivent avec un temps de retard et les patients peuvent se goinfrer tranquillement aux frais de la république de tarte à l’ognon, de feuilletés de saucisse, de brie pasteurisée, de gâteau au chocolat, de tartelettes aux citrons, d’éclairs et autres splendeurs de la gastronomie française. Puis sentant le danger pour la représentativité française de laisser certaines personnes trop proches des vivres et liqueurs trop longtemps, les gendarmes poussent avec peu de ménagement les invités devenus encombrants vers la sortie. Et la foule bigarrée, de Français en costume, de jeunes en tenue légère et d’amis sénégalais en habits traditionnels, repart tranquillement vers sa demeure repue et somme toute pas malheureuse d’avoir fait le déplacement.

 

Par FaTraPa
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Jeudi 20 juillet 2006

Une légende occidentale voudrait que pour rouler une automobile doit être dans un état correct. Un moteur performant, une carosserie lisse, une direction assistée, des vitres électriques et portières du même nom, des ceintures à la pelle et un habitacle propre et confortable. Cette légende est fausse. J'ai rencontré la plus grande abomination qui ait pu prendre le nom de véhicule motorisé. La seule vitre encore débout, mais bien fissurée, était le pare brise. Les siéges tombaient en ruine ou plutôt s'écroulaient sous la poussière. Pendant les 15 minutes de notre trajet, j'ai du tenir bien fermement la portière avant de peur qu'elle ne s'effondre en route. Et le conducteur luttait avec son volant comme un pilote de F1 en train de faire un t^te à queue à haute vitesse sauf que nous roulions à 30 km/h. On ne peut s'empêcher de sourire de tristesse en voyant l'état de cet outil de travail et l'impossible tâche qui incombe à son propriétaire ; convaincre les passagers de monter dans un cadavre.

Ce n'est pas à bord de ce "no terrain" que je croisais un autre symbole de l'état de l'Afrique mais cela aurait pu. Au bord d'une route départementale se trouve une butte et sur cette butte cette petite phrase en lettres dignes d'Hollywood : "Monument de la renaissance africaine" sauf qu'avc le temps elle est devenue : "M o  m nt d  l  enai  ance" et des armatures pour imaginer le reste. La renaissance s'est écroulée depuis longtemps et la chute perdure.

Dernier petit détail. Si les chats ont neuf vies, ici elles sont toutes marquées par la mort de faim. La graisse a quitté depuis longtemps les felins. Et si chez nous, en Occident, ce sont des animaux domestiques, en Afrique, ce sont des parasites qui fouillent les poublles le jour avant de les abandonner aux blattes et cafards la nuit venue.

Par FaTraPa
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Vendredi 28 juillet 2006

On ne marche pas de la même façon en France et à Dakar. Petite leçon de marche sénégalaise.

Dans un premier temps, il faut ralentir le pas. Inutile de se presser de toute manière personne ne le fait, de toute manière vous n'y arriverez pas. Faites une dizaine de pas et vous êtes accostés. On veut vous vendre une ceinture ou une recharge de portable ou une tong ou un parfum, devan vous une nuée se meut et vous ralentit. Cette vie marchande qui vient se coller à vous crée une ambiance colorée et un embouteillage assuré sur le trottoir. Reste alors la route. Après tout, elle appartient à celui qui veut bien la prendre qu'il soit à pieds, en vélo, en calèche ou en voiture. Mais une fois sur le bitume central, vous perdez votre temps à sauver votre vie. Il y a deux jours un taxi est passé en accélérant à 15 cm de mon pantalon.
Le pas plus lent, il faut commencer par trainer des savates. Inutile de soulever trop haut votre pied, la poussière et la sueur dégoulinant dans votre dos seront votre seule récompense. La marche est bruyante, un glissement continuel vers l'avant.
Reste alors le dernier pli à prendre. Regarder toujours vers l'avant. Ne tourner pas la tête, vous croiserez des yeux une boutique ambulante ou un vendeur du même nom et il vous courera après vous croyant intéressé. Les yeux au loin ne sont pas une garantie de tranquillité. Il faut également à prendre à dire un "non merci" capable d'arrêter les plus têtus dans leur quête de client (un petit mouvement de la main est le bienvenu pour bien marquer le refus absolu de tous les objets possiblement présentés).

Une fois toutes ces petites manières acquises, vous pouvez commencer à vous promener dans la ville. Promenande fatiguante, erreintante car jamais silencieuse, jamais seule. On ne peut rien découvrir à pied, on ne peut rien observer, on ne peut que vivre. Pour atteindre la tranquillité nécessaire à une contemplation de la société dakaroise, il est nécessaire de prendre le taxi. Avec tous les bouchons, les trous et autres difformités de la chaussée, avec leur direction désaxée et leur frein usée, les taxis ne vont jamais bien vite et vous laisse tout le temps d'admirer la formidable prolifération de boutiques en tout genre, de réunion de quartier, de petits coiffeurs et d'enfants balle au pied. Pour voir, il faut se réfugier dans le mouvement perpétuel de l'auto. Car chaque arrêt sera l'occasion de se faire accoster par les enfants mendiants ou les vendeurs de petits objets.

Par FaTraPa
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus