Chères lectrices, chers lecteurs,
Les temps avancent et mon temps se rétrécit inexorablement. Les occupations diverses et variées de ma vie estudantine m'obligent à ne plus alimenter ce blog. Il ne sera pas fermé. Vous pourrez continuer à lire la prose déjà postée. En revanche, point de nouveauté à l'horizon 2007.
Toutefois pour les amoureuses et les fans de mon verbe, je vous invite à me retrouver, sur un ton beaucoup plus neutre, sur www.en3mots.fr, newsletter quotidienne d'information gratuite, disponible dans votre boite mail sur simple inscription. J'y suis responsable d'une rubrique (tout en vous laissant deviner laquelle).
A bientôt alors,
FaTraPa
Laissez-moi vous conter quelques petites histoires.
Il était une fois une école française prestigieuse, appelons-la HS. Cette école avait pour vocation de former l'élite des chercheurs d'un grand pays dénommé F. Elle voulait aider ses étudiants à s'aguerrir sur le champs de la pensée. Elle voulait leur ouvrir de nouvelles voies. Oui mais voilà, il ne fallait pas que ses étudiants prennent au pieds de la lettre l'idéal de l'école. Une fois dans une spécialité, il faut y rester. Interdit de faire des mélanges de genre. Même si tous les professeurs, les premiers concernés, sont d'accords pour vous diriger, pour vous soutenir. Même si personne ne trouve rien à dire sur votre projet. La règle est la règle. La raison passe après.
L'Etat de F voulait faire le bien. C'est pourquoi, ému par les manifestations de trois pauvres stagiaires masqués, il décida qu'il était temps de mettre de l'ordre juste dans tout cela. Il pensa qu'il était nécessaire de faire voter une loi obligeant les entreprises à payer ces pauvres travailleurs sans visages. Oui mais voilà, notre gentil Etat avait oublié qu'il faisait exactement la même chose auprès de ses propres stagiaires. Parter faire un stage en ambassade en Thaïlande, vous recevrez pas un kopek, no radis, no cash, no money, nothing! Pis, préparez-vous à payer vos bouteilles d'eaux ce qui est bien pratique dans un pays où l'eau n'est pas potable... Bref, vive la redistribution à la F...
Pendant ce temps là, une sale entreprise, nommée A, visant à faire des sales profits et à exploiter les pauvres travailleurs, fournissait un accès internet à ses clients. Un jour, le modem d'un de ses usagers tombe raide mort de trop d'utilisation. Rage, désespoir et appel de hotline. Attente, attente et colère qui monte. Service technique, explication du problème et hurlements ? Non le dernier terme est plus que faux. Ni une, ni deux, voici que le service technique de cette belle A envoie un nouveau modem à son client. Bien sûr, il doit renvoyer son matériel défectueux. A ses frais ? Non mon bon monsieur. La société fournit un coupon pré-payé. Bravo A. Dommage que tu sois une sale capitaliste de merde!
Dernière histoire. Un pauvre voyageur esseulé se décide à partir en Asie. Depuis que les monopoles étatiques et les compagnies aériennes - service public n'existent plus, il est obligé, à son grand dam, de passer par le privé. Il fait appel à Gulf A. pour l'emporter dans la torpeur de l'Est. Mais voilà qu'il apprend qu'on lui a changé son billet. Déjà qu'il devait attendre une journée à Mascate, ne voilà t'il pas qu'il doit y passer une nuit ! Scandale! Coup de fil à Gulf A ! Et... "Mais, Monsieur, si cela ne vous arrange pas de partir le 25 décembre au matin, nous allons vous faire décoller le 26. Et ce billet retour, cela ne va pas. Vous attendez trop d'heure à Mascate. On va vous faire passer par Barhein et vous pourrez prolonger comme cela d'une demi journée votre séjour". Bon là, j'avoue que je reste pantois. On m'a toujours appris, par voie de presse, que seul l'Etat pouvait s'occuper conscieusement de ses petits usagers chéris. Seul lui savait servir comme il se doit. Je crois bien qu'on m'a menti.
Jeudi dernier, à 13h10, soit quelques minutes à peine après le démarrage du journal télévisé, JP Pernault annonçait un reportage sur les voitures ventouses (i.e. en stationnement abusif) à Nice. Le reporter s'enflammait sur ces chiffres frappants : 250 voitures enlevées par la fourière. Du grand journalisme. De l'information choc. Au même moment, sur France 2, on nous parlait avec émotion de l'accident tragique sur une route pavillonaire ayant coûté la vie à une petite fille, tout cela parce qu'il n'y a aucun ralentisseur sur cette longue ligne droite banlieusarde...
J'avoue difficilement comprendre l'intérêt de ce genre de reportage. Le contenu informationnel est nul. On interroge des personnes qui ne racontent rien de pertinent (un retraité affirmait avec conviction qu'il voulait que sa ville de Nice soit belle, une jeune femme racontait qu'il était trop tard quand les premiers soins ont été apportés). Et pourtant, cela marche puisque les gens continuent de regarder ces grandes messes cathodiques de la mi-journée... Alors pourquoi ?
Les Français (et les autres) vivent une vie pleine de petits bonheurs (qu'on le veuille ou non, nous ne sommes pas les plus à plaindre). Seulement ils leur manquent le grand frisson de l'excitation. Ils rêvent de l'événement qui leur fera vivre un moment extraordinaire. Et passer à la télé fait partie de ces moments fantasmés. Les gens espèrent de toute leur âme vivre le grand frisson du passage télévisée. Et le journal télévisé, en s'intéressant aux faits divers les plus banals, entretient conscienceusement cet espoir. En interrogant Madame et Monsieur Toulemonde, il crée l'illusion qu'un jour on sera projeté en image. Chacun peut avoir son grand plaisir. Les gens aiment ce genre de reportage sur des faits divers dénués de toute importance parce qu'ils renforcent leur croyance dans leur possibilité de passer à la télé. Certains y verront une dégénérescence de notre société. Je crois que cela dénote au contraire d'une certaine poésie. La quête de l'instant inoubliable de sa vie.
Ségolène Royal a décidé de monter d'un cran dans la bêtise. Après le coup des camps militaires pour les jeunes (les camps de rééducation, cela ne vous rappelle rien ?) devenus depuis des camps humanitaires (non mais pour qui on prend les délinquants ? Des pauvres du Tiers Monde à qui on va offrir des bols de riz ? On veut propager une épidémie de choléra parmi eux ?), voici venu le temps des jurys populaires...
Tout d'abord, pourquoi cette proposition est-elle la preuve d'un dangereux populisme ? Cela pourrait passer pour une refondation démocratique de la République Française, d'ailleurs c'est ce qu'essaye de faire croire la Royal. Quand un dirigeant fait appel au peuple pour justifier ses décisions, il détruit l'équilibre subtil qu'est la démocratie représentative. Se placer derrière l'approbation du peuple, c'est rendre injustifiable les critiques des opposants qui sont, de facto, des ennemis du peuple, donc dangereux pour l'unité du peuple, donc à écarter. Bien sûr, je ne pense pas que Ségo poussera le bouchon aussi loin (d'autres seront utilisés cette institution à des fins délictueuses), mais il y a une volonté à utiliser la volonté du peuple comme bouclier contre les critiques. Or la majorité ne fait pas la vérité. Se référer à Athènes pour justifier cette connerie est une absurdité de plus. Comment comparer une Cité avec une Nation ? La taille et les enjeux qui en découlent ne sont pas les mêmes. De plus, la liberté des Anciens et celle des Modernes sont complétement différentes. Avant, le citoyen participait directement au décision de la Cité mais, en échange, devait se conformer à la vie de la Cité. Notre liberté repose sur le droit de vivre la vie que nous avons raison de vouloir vivre dans les limites des lois et de nos revenus. La politique vient définir les frontières de nos actions, pas les actions elles-mêmes. Nous avons abandonné le droit de diriger directement mais nous avons gagné le droit de ne pas voir le pouvoir s'immiscer dans notre vie privée, nous avons restreint son champ d'action.
Outre ce premier problème, déjà rédibitoire, un second découle de cette proposition stupide. La mise en place de ces jurys est extrêmement problématique. Quel serait leur pouvoir ? Consultatif, en quoi diffère-t-il des lettres envoyés aux élus, des panels d'experts ou des sondages d'opinion. Décisionnel et le problème de leur légitimité se pose. Si cs jurys disposent d'un droit de vêto et l'utilisent contre une loi, de quel droit peuvent-ils agir ainsi ? Qui leur donne l'autorisation d'obstruer le processus politique ? En quoi représentent-ils qui que ce soit ? Qui leur a délégué le droit d'intervenir ? Comment sont-ils choisis ? S'ils sont élus, ils ne diffèrent en rien d'une assemblée et le problème de la "confiance en la politique" n'est absolument pas résolu. S'ils sont nommés, à qui donne-t-on cette immense pouvoir de nommination ? Et quels seront les critères de jugement ? S'ils sont tirés au sort, en quoi la chance est-elle un moyen de sélection ? Si on l'accepte dans ce cas, je ne vois pas pourquoi on insiste tant sur la redistribution puisque, finalement, seule la chance (le hasard) fait que l'on née riche ou pauvre... Il y a une impossibilité technique inextricable (démontrez-moi le contraire) à cette "solution". Tout cela prouve bien que Ségo ne parle que pour faire parler (et ça marche, regardez j'écris sur elle). Elle est une absurdité politique. Vivement que la bulle spéculative royale se dégonfle.
Si je respecte profondément les écologistes qui se battent raisonnablement (i.e. avec la raison) pour faire triompher leur vision de l'état du monde, je suis exaspéré par l'écologisme ambiant. Désormais on n'a plus le droit de penser l'écologie si l'on ne respecte pas trois axiomes :
1) il y a un réchauffement climatique
2) l'homme est responsable de ce réchauffement
3) parmi les êtres humains, le monde occidental est le plus coupable de tous.
Quiconque n'ose pas se conformer à ces principes, comme Claude Allègre récemment, est un criminel de la pensée, un terroriste de la terre, un colonialiste des générations futurs... Pourtant il me semble que la terre a toujours connu des phases de réchauffement et de refroidissement, et cela bien avant l'avénement de l'homme. Pourtant j'imagine que ces phases sont des affaires milénaristes et qu'il est un peu rapide de tout baser sur une centaine d'année de données.
Imaginez que vous ne connaissez rien de la situation et de l'histoire de notre monde. Si je vous montre les chiffres des croissances économiques chinoises et américaines lors des dix dernières années, vous concluerez que la Chine est bien plus puissante que les Etats-Unis. Maintenant, si je vous emmène dans les campagnes chinoises et américaines, vous comprendrez que l'Amérique est incroyablement plus développé que l'Empire du Milieu. Avec des données tronquées, on peut conclure ce que l'on veut nous faire conclure. N'en est-il pas de même avec l'environnement ? Où est la raison critique dans ce domaine ? A-t-on encore le droit de ne pas croire (croire!!!!!) aux prédictions apocalyptiques ?